Un trafic de phytos et des agriculteurs devant la justice
Le procès de six arboriculteurs et maraîchers des Bouches-du-Rhône et de la Drôme et leur fournisseur s’est ouvert ce lundi 12 janvier 2026 à Marseille pour un trafic de pesticides importés d’Espagne, dossier dans lequel plusieurs associations de défense de l’environnement et la Confédération paysanne sont parties civiles.
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Les sept prévenus, âgés de 55 à 78 ans, sont jugés jusqu’à mercredi dans la salle des procès hors norme du tribunal correctionnel de Marseille. Le président Pascal Gand a détaillé les onze infractions visant le fournisseur des phytos, notamment des faux et usage de faux concernant le commerce et la facturation de ces produits — les pesticides étaient par exemple facturés comme « engrais » — et les délits d’importation et de vente de ces produits frauduleux provenant d’Espagne pour la plupart, mais également de Grèce ou de Roumanie.
Trois tonnes et demie de produits interdits
Le magistrat a insisté sur la dangerosité « d’une substance insecticide neurotoxique […] qui n’est plus homologuée dans l’Union européenne et est entre autres très toxique pour les organismes aquatiques […] et pour la santé humaine ». Le prévenu a déjà été condamné définitivement dans un dossier similaire à six mois de prison avec sursis et 50 000 euros d’amende.
Les six agriculteurs sont poursuivis notamment pour l’utilisation de produits non autorisés entre 2018 et 2024 ainsi que pour que faux et usage de faux. Deux des prévenus, exploitants dans les Bouches-du-Rhône, étaient absents, dont l’un pour raison médicale selon son avocate. Au total, ce sont trois tonnes et demie de produits interdits qui ont été écoulées entre 2018 et 2024, utilisés ensuite sur des cultures de melons, salades, tomates, blé, riz, artichauts, butternuts ou pommes et poires.
Les sociétés de l’ensemble des prévenus sont également poursuivies en tant que personne morale. De nombreuses associations de défense de l’environnement sont parties civiles dans ce dossier : France Nature Environnement (FNE) national et plusieurs de ses antennes locales, l’association Générations futures, la Ligue pour la protection des oiseaux LPO Paca, des associations de consommateurs comme l’UFC-Que Choisir et le syndicat agricole minoritaire de la Confédération paysanne.
La Confédération paysanne partie civile
« Ce procès est le prolongement de l’affaire dite « des carottes de Créances », dans laquelle les juges avaient condamné des exploitants agricoles ayant fait massivement usage d’un pesticide interdit, le dichloropropène, ainsi que le fournisseur ayant illégalement acheminé le produit en France », explique la Confédération paysanne dans un communiqué de presse diffusé ce lundi 12 janvier 2026.
« La Cour de cassation avait mis fin à cette longue affaire par un arrêt rendu le 23 avril 2024, qui est venu confirmer les condamnations prononcées par la Cour d’appel de Caen, rappelle le syndicat. La Confédération paysanne s’est portée partie civile dans ce nouveau procès en tant que syndicat représentatif des intérêts collectifs de la profession. »
« Les paysan(ne)s sont en effet les premières victimes des pesticides, d’autant plus que sont concernées dans ce procès 54 produits interdits à cause de leur dangerosité sur la santé et l’environnement, justifie l’organisation syndicale. Il s’agit aussi pour la Confédération paysanne d’un combat pour permettre aux paysan(ne)s de s’affranchir des pesticides, jambe de bois d’un système agricole qui nous entraîne dans le mur. »
Plusieurs avocats des prévenus, contactés par l’AFP, n’avaient pas donné suite avant l’ouverture du procès.
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